Selon un rapport d'Oxfam, publié en mai, la plupart des ouvriers travaillant pour de grandes marques de sport ont été virés ou menacés de violences lorsqu'ils ont voulu mettre en place des organisations syndicales. Ce fut le cas chez Panarub, l'entreprise indonésienne où Adidas fait fabriquer les chaussures Predator, précisément celles que portaient Zinédine Zidane ou David Beckham pendant le Mondial. Aujourd'hui, Oxfam attend d'Adidas qu'il intervienne auprès de son fournisseur pour la réintégration des 33 leaders syndicaux. Sous la pression de leurs clients occidentaux, certaines entreprises traitent mieux leurs employés. Mais, dans la grande majorité des cas, le congé hebdomadaire n'existe toujours pas, le congé maternité non plus, et ceux qui tentent de se syndiquer sont systématiquement renvoyés. Les maltraitances verbales, voire physiques, sont courantes problème qui, selon les ouvriers, est moins lié aux propriétaires qu'au staff intermédiaire. «Ils sont traités comme des esclaves, accuse Abu Hussein, de l'Alliance nationale pour la protection des ouvriers et de l'industrie du vêtement. Parce que c'est une industrie jeune, et que nous avons affaire à une première génération d'entrepreneurs qui n'a aucune conscience sociale. Et parce que les ouvriers sont eux aussi une première génération et n'ont aucune conscience de leurs droits.» Sans compter que 80 % des effectifs sont des femmes.
«Le textile relève du secteur privé, nous ne savions pas ce qui ce passait dans les usines avant les émeutes», tente d'argumenter le ministre du Commerce, Hafiz Uddin Ahmad, tout en concédant que les salaires actuels sont «bien trop bas».
Les syndicats réclament qu'il soit fixé à 3 000 takas (33,60 euros) par mois, mais les patrons affirment déjà que c'est «impossible». «Si nous acceptons ne serait-ce que 2 000 takas (22,50 euros), la moitié des usines fermeront leurs portes», affirme ainsi Tipu Munshi, président de l'Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh, qui fédère quelque 3 000 entreprises du secteur. «Et les clients devront accepter qu'elle soit en partie répercutée sur les prix, sinon nous ne survivrons pas.» Selon lui, les salaires représentent en effet «50 à 60 %» du coût de production. Selon des estimations indépendantes, il se situerait en fait entre 5 et 10 %.
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